Sud andin et Cuenca

Le sud des Andes mérite quatre jours pleins : Cuenca classée Unesco, les 270 lagunes du Cajas à 4 000 mètres, Ingapirca inca et la vallée tempérée de Vilcabamba.

Le sud des Andes équatoriennes commence à environ huit heures de route de Quito, ou quarante-cinq minutes de vol jusqu'à l'aéroport Mariscal Lamar de Cuenca. C'est une région que notre équipe recommande de traiter comme une étape à part entière, et non comme une extension expédiée en deux jours. La géographie y change : les volcans actifs de l'Avenue des Volcans cèdent la place à une cordillère plus érodée, sans cônes enneigés mais avec des plateaux de páramo, des vallées intermontagnardes tempérées, et un passage progressif vers l'Amazonie au sud de Loja.

Cuenca, troisième ville du pays avec environ 600 000 habitants, est posée à 2 560 mètres au confluent de quatre rivières, dont le Tomebamba qui traverse le centre historique. Le quartier colonial, inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco en 1999, se reconnaît aux quatre coupoles bleues de la Catedral Nueva, à ses rues pavées de la Calle Larga, et aux façades républicaines en pierre de taille et adobe peint. La ville garde une activité artisanale réelle : ateliers de tissage de chapeaux en paille toquilla (le "Panama hat" est en réalité équatorien, fabriqué principalement à Cuenca et dans la province voisine de Manabí), orfèvrerie en filigrane à Chordeleg, céramiques peintes à San Bartolomé. Le mercado 10 de Agosto reste fréquenté par les habitants pour le hornado (cochon rôti) et le mote pillo (maïs blanc sauté aux œufs), deux plats qui résument la cuisine andine du sud.

À une heure trente à l'ouest, le parc national El Cajas occupe 285 km² de páramo entre 3 100 et 4 450 mètres. Le paysage y est minéral : 270 lagunes glaciaires identifiées, tourbières spongieuses, bosquets de polylepis (un arbre tortueux qui pousse à plus de 4 000 mètres, rare au monde). Le parc traverse la ligne de partage des eaux entre Pacifique et Amazonie. Plusieurs sentiers balisés permettent des marches de 2 à 8 heures autour des lagunes Toreadora et Llaviuco. Nous y emmenons aussi bien des marcheurs aguerris que des familles, en adaptant le dénivelé.

Au nord de Cuenca, à deux heures de route, le site d'Ingapirca constitue l'ensemble inca le plus important conservé en Équateur. La construction, en pierres taillées et ajustées sans mortier selon la technique cuzquénienne, date de la fin du XVe siècle et repose sur un site cañari antérieur. Le Temple du Soleil, de plan ovale, est l'unique exemple de ce type en dehors du Pérou. Le marché indigène cañari de Cañar, le dimanche matin, complète logiquement la visite : c'est l'un des rares marchés où les femmes portent encore le chapeau blanc à bandeau noir caractéristique.

Plus au sud encore, après Loja, la vallée de Vilcabamba s'étire à 1 500 mètres dans un climat subtropical sec, avec des températures stables autour de 18 à 24 °C toute l'année. Le village, longtemps cité dans les études sur la longévité de ses habitants (la "vallée de la longévité" reste un argument touristique, à prendre avec mesure), attire aujourd'hui une population mêlée d'agriculteurs serranos et de résidents nord-américains et européens. C'est une étape de repos, pour la randonnée à cheval dans la sierra du Mandango ou les courtes incursions vers le parc national Podocarpus, qui descend vers la forêt de nuages amazonienne.

Le sud andin est aussi une région d'identités fortes : les Cañaris autour de Cuenca, les Saraguros entre Cuenca et Loja, reconnaissables à leurs vêtements noirs portés en signe de deuil pour l'Inca Atahualpa selon la tradition orale. Cette densité culturelle, combinée à des paysages moins fréquentés que le nord, justifie selon nous quatre à cinq jours de programme.

À découvrir

Centre colonial de Cuenca. Marche dans les ruelles pavées du quartier historique, des berges du Tomebamba à la place Calderón face aux coupoles bleues de la Catedral Nueva. Visite d'un atelier de chapeaux en paille toquilla, où le tressage d'une pièce fine demande plusieurs semaines.

Randonnée dans le parc El Cajas. Boucle de 3 à 4 heures autour de la laguna Toreadora à 3 900 mètres, entre tourbières et bosquets de polylepis. Le brouillard se lève souvent en fin de matinée, prévoir des couches chaudes même en saison sèche.

Site inca d'Ingapirca. Visite guidée du Temple du Soleil de plan ovale, seul exemple du genre hors Pérou, et de l'enceinte cañari attenante. Combinable avec le marché cañari de Cañar le dimanche.

Vallée de Vilcabamba. Étape contemplative à 1 500 mètres, randonnée à cheval sur les crêtes du Mandango ou marche d'une journée dans le parc Podocarpus voisin, à la transition entre páramo et forêt de nuages.

Villages artisanaux du Cañar. Tournée des bourgs de Chordeleg (filigrane d'argent), Gualaceo (tissage ikat de châles macanas teints à l'indigo) et San Bartolomé (lutherie de guitares), tous à moins d'une heure de Cuenca.

Quand y aller

Le sud andin connaît deux saisons marquées. La période la plus sèche s'étend de juin à septembre, avec des journées ensoleillées à Cuenca (12 à 22 °C) et des nuits fraîches qui descendent autour de 6 à 8 °C. C'est la meilleure fenêtre pour la randonnée dans El Cajas, où les sentiers gorgés d'eau deviennent difficiles en saison humide. Une seconde fenêtre acceptable court de décembre à début février, avec des averses courtes en fin d'après-midi mais des matinées dégagées.

Les mois de mars à mai concentrent les pluies les plus régulières, avec des précipitations qui peuvent atteindre 120 à 150 mm mensuels sur les hauteurs et rendre certaines pistes vers Ingapirca boueuses. Vilcabamba, plus bas en altitude et en versant sec, échappe en grande partie à ce schéma : la vallée reste agréable toute l'année autour de 18 à 24 °C, avec simplement plus d'humidité de février à avril.

Conseils pratiques

Nous recommandons quatre à cinq jours minimum pour cette région : deux jours à Cuenca (centre historique, marchés, ateliers artisanaux), une journée pour El Cajas, une journée pour Ingapirca et les villages du Cañar, et éventuellement deux jours supplémentaires pour descendre à Loja et Vilcabamba (cinq à six heures de route depuis Cuenca, en bus de ligne confortable ou véhicule privé). L'aéroport de Cuenca est desservi par plusieurs vols quotidiens depuis Quito et Guayaquil, ce qui permet d'éviter les huit heures de Panaméricaine sud depuis la capitale.

La région s'articule bien avec l'Avenue des Volcans en amont (en descendant progressivement depuis Quito via Riobamba et le train de la Nariz del Diablo, encore opérationnel par tronçons) ou avec la côte Pacifique en aval, Guayaquil étant à trois heures et demie de Cuenca par la route du Cajas. Une combinaison avec l'Amazonie est possible mais demande de remonter au nord, ou d'emprunter la descente depuis Loja vers Zamora. Le confort hôtelier à Cuenca est bon, avec plusieurs maisons coloniales restaurées dans le centre. C'est une région que nous proposons volontiers aux voyageurs contemplatifs, aux amateurs d'histoire et d'artisanat, et aux marcheurs qui veulent un páramo accessible sans bivouac.

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